La période périnatale est bien plus qu’une simple étape biologique, il s’agit d’une transition de vie majeure marquée par des bouleversements physiologiques et psychiques. Aujourd’hui, de plus en plus d’auteurs considèrent que la périnatalité s’étend de la conception jusqu’aux trois ans de l’enfant.
1. Un séisme multidimensionnel : physiologie et identité
Devenir mère déclenche des bouleversements sur plusieurs plans simultanés :
- Bouleversements neurobiologiques et hormonaux : Sous l’effet de certaines hormones, notamment l’ocytocine, ainsi que de la plasticité cérébrale, le cerveau maternel se prépare à accueillir le nouveau-né. Une sensibilité émotionnelle plus fine se développe afin de répondre aux besoins essentiels de l’enfant : affectifs, physiologiques, et de sécurité. Cela peut donner l’impression d’une certaine vulnérabilité émotionnelle.
- Remaniement identitaire : La grossesse, puis la naissance d’un enfant, constituent aussi le moment de la naissance d’une mère (et d’un père). Au-delà d’un corps qui change, il s’agit également d’une transformation identitaire profonde au niveau intime (se sentir et se vivre comme parent) et au niveau sociétal (changement des priorités, de la vie professionnelle et des relations sociales).
- L’héritage transgénérationnel : La naissance d’un enfant réactive inévitablement l’histoire que nous avons eue avec nos propres parents. On ne naît pas parent, on le devient en revisitant ses propres modèles d’attachement, ce qui peut parfois faire ressurgir des blessures anciennes.
2. L’écosystème du post-partum : l’importance de l’entourage
La mère est souvent très accompagnée pendant la grossesse, mais après la naissance, l’attention se porte davantage sur le bébé. Pourtant, cette période, appelée le « quatrième trimestre » (les trois mois suivant l’accouchement) est une période sensible qui nécessite une attention toute particulière. Dans certaines cultures, on parle de mois d’or (voir livre recommandé) durant lequel l’entourage prend soin de la mère (et s’occupe des tâches domestiques), permettant à la mère de reprendre des forces et ainsi de se consacrer au lien avec le bébé.
- L’engagement du co-parent : Sa présence n’est pas seulement logistique, elle participe grandement à la sécurité affective de la mère. Un co-parent investi réduit significativement les risques d’épuisement maternel.
- Soutenir la mère : Pour que la mère puisse s’occuper du bébé, elle doit elle-même être « portée » par son environnement. C’est le rôle crucial du co-parent et de l’entourage proche. Pour donner un exemple concret, l’entourage peut confectionner des plats à apporter aux jeunes parents, ou proposer de veiller sur bébé le temps de prendre une douche.
3. Quand consulter ? De la vulnérabilité à la souffrance
La grossesse et l’accouchement font partie des événements les plus bouleversants dans la vie d’une femme, et s’ils symbolisent la joie et l’épanouissement, ils peuvent également être sources d’inquiétudes, voire de difficultés psychiques à ne pas négliger.
Il est essentiel de distinguer les fluctuations normales de l’humeur des pathologies périnatales :
- Baby blues et dépression post-partum : Le baby blues touche 70 à 80 % des femmes et dure quelques jours (lié à la chute hormonale). La dépression post-partum, elle, s’installe dans la durée, avec une perte de plaisir, de la tristesse, et un sentiment d’incapacité. Elle touche entre 10 et 20 % des mères et nécessite un suivi.
- Anxiété et traumatismes : L’anxiété (la peur pour la santé du fœtus, de l’accouchement, puis en post-partum) peut parfois être envahissante et nécessite une attention particulière. De même, un accouchement mal vécu ou traumatique peut générer un état de stress post-traumatique à prendre au sérieux.
4. Les pistes de prise en charge en cabinet
L’accompagnement psychologique peut se faire à tout moment (grossesse en prévention, ou en post-partum). Il vise à restaurer la sécurité émotionnelle intérieure et à soutenir le lien d’attachement :
- Thérapie EMDR : L’EMDR est particulièrement efficace pour retraiter les souvenirs d’accouchements difficiles ou traumatiques. En cas de dépression ou de trouble anxieux, il est possible également de bénéficier d’un travail en EMDR (attention toutefois, la prise en charge doit être pluri-professionnelle et inclure notamment le médecin). L’EMDR permet également de renforcer les ressources du parent (confiance, sécurité interne, meilleure régulation émotionnelle).
- Pleine Conscience : Cette pratique est très intéressante en amont de la naissance pendant la grossesse. Elle permet de développer une perception sereine des sensations corporelles, et d’accueillir ce qui vient sans jugement, avec bienveillance (voir article sur la Pleine Conscience).
- Travail sur le lien : L’objectif est d’offrir un espace où l’ambivalence maternelle (aimer son enfant tout en souffrant de la situation) peut être exprimée sans tabou.
Nous pouvons travailler ensemble en consultation d’EMDR.
Lectures recommandées pour cheminer (mais ne remplacent pas un accompagnement professionnel)

- « C’est ma grossesse » d’Anna Roy
- Pour qui ? Les futures mères qui cherchent des réponses concrètes et une vision sans tabou de la maternité.
- Pourquoi je le recommande : Anna Roy aborde la réalité du terrain avec une franchise rare, déculpabilisant ainsi les femmes sur les aspects souvent passés sous silence de la grossesse et de l’accouchement.

- « La Naissance en BD » (Tome 1 et 2) de Lucile Gomez
- Pour qui ? Celles et ceux qui souhaitent comprendre la physiologie de l’accouchement de manière visuelle et ludique.
- Pourquoi je le recommande : C’est une lecture précieuse pour se réapproprier les « super-pouvoirs » du corps de la mère. Elle permet de donner confiance en ses propres ressources.

- « Le mois d’or » de Céline Chadelat et Marie Mahé-Poulin
- Pour qui ? Les futurs parents en fin de grossesse, afin de préparer activement l’après-naissance.
- Pourquoi je le recommande : Ce livre réhabilite l’importance capitale des premières semaines du post-partum. Il donne des clés pour prendre soin de soi et de son bébé en préservant son énergie et son écosystème familial.

- Podcast : « La Matrescence » par Clémentine Sarlat
- Pour qui ? Tout le monde ! Ce podcast est une mine d’informations sur la parentalité et les enjeux familiaux.
- Pourquoi je le recommande : Des experts reconnus interviennent régulièrement : Michel Odent, Anna Roy, etc.
Bibliographie :
- Antoine, C., 2007. La révolution intérieure, Psychologie de la grossesse et de la maternité, Paris, Larousse.
- Bardacke, N., 2016. Se préparer à la naissance en pleine conscience : 9 semaines pour mieux vivre la grossesse, l’accouchement et la périnatalité. Paris, Courrier du livre.
- Lochard, G. 2014. Santé mentale des femmes enceintes et développement de l’enfant, Psychologie et comportements, Doctoral Dissertation, Université Paris IV.





