Tout comprendre sur l’EMDR, libérer le présent de l’empreinte du passé

Bien plus qu’une technique, une approche humaine et intégrative

L’EMDR est une thérapie intégrative : elle prend en compte l’ensemble de votre histoire : vos expériences de vie mais aussi vos valeurs, croyances, le vécu corporel ainsi que les émotions. L’EMDR signifie Eye Movement Desensitization and Reprocessing, que l’on peut traduire par « Désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ». La technique peut sembler étrange (bouger les yeux pour guérir) mais cette approche est validée de façon rigoureuse par la science, et est reconnue par la Haute Autorité de Santé (HAS) et l’Organisation Mondiale de Santé (OMS). En tant que psychologue pratiquant l’EMDR, je souhaite vous éclairer sur le fonctionnement de cette méthode, les problématiques qu’elle peut aider à résoudre, et également expliquer comment l’EMDR peut être pratiqué de manière douce et sécurisée grâce à des méthodes et approches supplémentaires (E. Contamin ; H. De Lucci).

En bref l’EMDR c’est :

  • Une thérapie unique permettant de guérir des blessures profondes grâce à l’action neuropsychologique des stimulations bilatérales alternées (SBA) et à la guidance du thérapeute.
  • Les SBA sont des stimulations visuelles (occulaires), tactiles (mains ou genoux) ou auditives (sons alternatifs droite/gauche).
  • La thérapie EMDR est structurée autour d’un protocole comprenant : l’anamnèse (histoire de vie), le plan de traitement, des exercices d’auto-apaisement, et le retraitement (passé, déclencheurs du présent, futur).
  • L’EMDR est une thérapie qui s’adresse à des patients, de tout âge, présentant divers troubles tels que : troubles anxieux, dépressif, phobies, TCA, deuil, douleurs chroniques ainsi que des problématiques plus larges (estime de soi, manque de confiance, dépendance affective etc.).
  • L’EMDR n’est pas une technique « magique », mais une approche rigoureuse et puissante qui réactive la capacité naturelle du cerveau à s’auto-guérir. Le patient est conscient tout le long du processus.
  • Il est important d’avoir confiance dans le thérapeute qui la pratique. Référez-vous à l’annuaire EMDR France pour trouver un praticien certifié.

1. Comment ça marche ? Le Modèle du Traitement Adaptatif de l’Information (PTAI)

Pour comprendre l’EMDR, il faut d’abord comprendre comment notre cerveau gère les expériences vécues.

Imaginez votre cerveau comme un système de digestion sophistiqué. Au quotidien, il traite les informations, en tire un apprentissage, et « range » les souvenirs de manière ordonnée au sein de la mémoire. Vous vous souvenez de l’événement, mais l’émotion associée s’est apaisée.

C’est ce qu’on appelle le Processus de Traitement Adaptatif de l’Information (PTAI). Notre cerveau a une capacité naturelle à cicatriser ses blessures psychologiques.

Le blocage : Quand le souvenir reste « brut »

Lors d’un événement traumatique (accident, agression, deuil brutal), ou lorsque l’on vit des blessures de manière répétées (humiliations répétées, critiques, ou carences affectives), ce système de digestion s’enraye.
Le souvenir ne parvient pas à être traité correctement. Il reste « stocké » de manière brute dans le cerveau émotionnel (le système limbique), avec toutes les images, les sons, les sensations physiques et les émotions négatives vécues sur le moment. Ces fragments mémoriels sont de la mémoire dite traumatique. Ultérieurement, cela peut altérer l’image de soi, et entraîner des réactions émotionnelles et comportementales inadaptées.
Un simple déclencheur (une odeur, un son, une situation similaire) peut réactiver le souvenir, parfois même des années plus tard. Cela peut donner l’impression de revivre une scène avec la même intensité douloureuse, ou bien au contraire donner la sensation de ne plus être en maitrise émotionnelle sans savoir pourquoi. En effet, il arrive que l’on ne perçoive pas consciemment le lien entre les événements passés et la réaction disproportionnée dans le présent.

L’action de l’EMDR

L’EMDR ne vise pas à effacer le passé, mais à relancer le processus naturel de traitement de l’information. Grâce aux stimulations bilatérales alternées (SBA), accompagnés de la guidance du thérapeute, le cerveau peut « digérer » le souvenir qui était bloqué, et le “déplacer” vers la mémoire narrative.
Le souvenir est toujours là, mais il a perdu sa charge émotionnelle douloureuse. La personne peut enfin dire : « C’est arrivé, c’est triste, mais c’est fini. »
Démystification : Ce n’est ni de la magie, ni de l’hypnose. Contrairement aux idées reçues, les patients restent pleinement conscients pendant toute la séance, et ne perdent jamais le contrôle. C’est le cerveau lui-même qui fait le travail de cicatrisation ; le thérapeute EMDR est un facilitateur qui guide le processus en veillant à la sécurité émotionnelle.

Pourquoi ça marche ?

  • Les mouvements oculaires semblent activer le système parasympathique, ce qui participe à la détente corporelle et émotionnelle. De plus, cela se rapprochent de ce qui se passe lors du sommeil paradoxal pendant lequel nos yeux bougent également de droite à gauche de manière rapide. Cette phase du sommeil pourrait être en lien avec le processus naturel du cerveau à trier, et traiter, les informations des événements vécus. La marche (mouvement alternatif des pieds droite-gauche) pourrait également induire ce processus.
  • La double attention : lors du retraitement la consigne est de “garder un pied dans le présent, et un pied dans le passé”. Cette image permet au patient de ne pas replonger complètement dans le souvenir douloureux et de le retraiter au sein d’une relation humaine et thérapeutique sécure.
  • Ces deux ingrédients sont indispensables mais non suffisants. Il est indispensable de se sentir en sécurité. L’alliance avec le thérapeute (la confiance) est la clé de voute de la thérapie : sa présence, sa capacité d’accordage pour aider à réguler les émotions, son attention à la fluidité du processus associatif, et son aide à contourner les blocages (Contamin, 2023).

Éléments neurophysiologiques de l’EMDR :

  • Pendant et après la thérapie EMDR, des changements neurophysiologiques se produisent dans le cerveau. Ces observations ont étés réalisées grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et EEG (electroencéphalographie).
  • Certaines zones cérébrales, comme l’amygdale et l’hippocampe (liées à la gestion des émotions, impliquées dans la peur et l’anxiété) s’apaisent durant et après le retraitement. Tandis que le cortex frontal, associé à la pensée rationnelle, à la prise de décision et à la régulation des émotions s’active davantage.

2. Pour qui et quelles problématiques ?

L’EMDR a été d’abord validé pour le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) sur les adultes. Aujourd’hui des études montrent son intérêt et son efficacité d’une part sur des patients de tout âge (du nourrisson jusqu’à personnes du 4e âge), et d’autre part sur des problématiques diverses. En effet, son champ d’application est bien plus large:

  • Anxiété, crises de panique, phobies.
  • Dépression, deuil difficile.
  • Faible estime de soi, sentiment d’insécurité chronique.
  • Douleurs chroniques (en travaillant sur les réseaux de mémoires de la douleur).
  • Troubles du comportement alimentaire, addictions.

3. La sécurité avant tout : Émotions et Fenêtre de Tolérance

Une crainte fréquente face à l’EMDR est d’être submergé par ses émotions en replongeant dans le traumatisme.

→ Effectivement il s’agit d’une thérapie puissante, il est importante de faire cette thérapie avec un psychiatre ou un psychologue formé d’une part à la psychopathologie (validé par le diplôme) et une formation certifiée EMDR France/Europe.

→ De plus, certaines approches et outils permettent de respecter la sécurité émotionnelle (H. Dellucci ; E. Contamin).

Le cœur de ma pratique est de respecter entre autre la fenêtre de tolérance émotionnelle.

Il s’agit d’une zone au sein de laquelle les émotions peuvent être éprouvées mais sans que l’on se sente dépassé.

  • En hyper-activation (panique, colère) : Vous êtes trop submergé pour travailler.
  • En hypo-activation (sidération, vide, extrême fatigue) : Vous êtes « déconnecté », le travail ne peut pas se faire.
  • La fenêtre de tolérance (sentiment de sécurité) : l’émotion est présente, mais gérable, le travail thérapeutique peut se faire.

La “taille” de la fenêtre est variable en fonction des difficultés et du vécu de chacun : plus l’on a vécu d’événements difficiles, plus la fenêtre est étroite et les émotions ressenties comme intenses. L’un des objectif en thérapie est d’augmenter la taille de la fenêtre grâce d’une part aux ressources et outils et, d’autre part grâce au retraitement des cibles traumatiques.

Apprendre à identifier les limites de la fenêtre permet :

  • de s’auto-réguler, d’abord à l’aide du praticien puis de façon autonome. Cela développe le sentiment de maitrise et de sécurité.
  • Si une émotion devient trop intense pendant la séance, les outils de stabilisation permettent d’y revenir (comme le « Lieu Sûr » appris en début de thérapie).
  • L’enjeux est de reconnaitre les éléments physiologiques liés aux émotions, afin d’apprendre à reconnaitre de mieux en mieux ses réactions émotionnelles, de les accueillir pour en prendre soin et qu’elles s’apaisent.

L’apport de Dellucci : Certains outils permettent d’avancer pas à pas en sécurité, “aussi vite que possible aussi lentement que nécessaire” grâce au concept de “Boite de vitesse”. Selon les problématiques, certains protocoles additionnels permettent une plus grande sécurité émotionnelle: protocole de remise à zéro des émotions (pour retraiter l’appréhension de certaines émotions) ; le protocole de la lettre ; le réaccordage avec l’enfant intérieur et reparentage ; protocoles des empreintes précoces.

4. À quoi ressemble une thérapie / une séance ?

Une thérapie EMDR est structurée et se déroule en plusieurs phases. On ne commence pas par les mouvements oculaires dès la première séance.

La préparation (plusieurs séances) Étape cruciale afin de comprendre l’histoire de vie, d’identifier les blocages et schémas et de définir les objectifs (établissement d’un plan de traitements, comme une sorte de feuille de route de la thérapie). Les ressources sont renforcées : comme le « Lieu Sûr », le “Contenant”, et des techniques de régulation émotionnelle à utiliser en séance et en autonomie entre les séances.

Le retraitement (la séance type) Une fois que vous vous sentez prêt et en sécurité, nous passons au traitement proprement dit :

  1. Ciblage : Nous choisissons ensemble un souvenir précis à travailler (classiquement du plus ancien au plus récent mais cela dépend des protocoles). Je vous pose plusieurs questions en vous invitant à vous concentrer sur l’image du souvenir, la pensée négative associée (ex: « Je suis impuissant ») et la sensation physique.
  2. Stimulations Bilatérales : Je pratique des stimulations (mouvements oculaires, tapotements sur les genoux ou sons). Vous laissez simplement venir ce qui se présente (pensées, images, émotions), sans jugement, comme si vous regardiez un paysage défiler depuis la fenêtre d’un train.
  3. L’évolution : Entre chaque série de stimulations, nous faisons un point rapide. Petit à petit, l’intensité de l’émotion diminue, le souvenir se transforme. L’objectif est d’installer une pensée positive et aidante (ex: « C’est fini, je suis en sécurité maintenant »).
  4. L’installation : Une fois que la perturbation a disparu, on installe une pensée positive et aidante (ex: « Aujourd’hui, je suis en sécurité »).

Conclusion

L’EMDR est un chemin vers la guérison, un processus qui permet de libérer votre présent de l’empreinte douloureuse du passé.

C’est une thérapie qui demande de l’engagement, mais qui se fait toujours dans le respect de votre rythme et de votre sécurité.

Le coin lecture : Pour aller plus loin

Je recommande souvent ces deux ouvrages pour compléter le travail en séance :

« Guérir de son passé avec l’EMDR et l’autosoin » – Emmanuel Contamin

  • Pourquoi je le recommande : C’est un guide précieux qui allie pédagogie et outils concrets. Il explique comment nos souvenirs impactent notre présent tout en offrant des techniques d’apaisement utilisables en autonomie.
  • Pour qui ? Pour les personnes qui aiment comprendre les mécanismes de leur cerveau et qui souhaitent des exercices pratiques (ancrage, respiration) à utiliser entre deux séances.

« Guérir – Le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse » – David Servan-Schreiber

  • Pourquoi je le recommande : C’est l’ouvrage fondateur qui a fait découvrir l’EMDR en France. Il explore la « médecine des émotions » et montre comment le corps et l’esprit peuvent s’auto-guérir sans passer uniquement par la parole.
  • Pour qui ? Pour ceux qui cherchent une vision globale de la santé (lien corps/esprit) et qui ont besoin d’un message d’espoir soutenu par des preuves scientifiques.

“Le Corps n’oublie rien” – Bessel A. Van des kolk

Pourquoi je le conseille : Ce livre est un une pépite pour comprendre tous les mécanismes neuro-physio-psychocorporels lié aux traumas, les grands traumatismes et les trauma développementaux (complexe); comprendre comment cette science a émergé. L’auteur, lui même psychiatre thérapeute EMDR étudie plusieurs pistes pour apaiser le mental et le corps.

  • Pour qui ? Pour ceux qui ont aime tout comprendre avec sources scientifiques à l’appui.

Ressources complémentairesAssociation EMDR FrancePodcast Catherine La Psy : Peut-on tout traiter avec l’EMDR ?

Cyrille Planquois psychologue à Colomiers

Je suis Cyrille Planquois, psychologue clinicienne.

Au-delà des outils, je conçois la thérapie comme un espace de rencontre où la singularité de votre histoire est accueillie sans jugement et avec bienveillance. Mon rôle est de vous accompagner dans la compréhension de votre vécu, en m'appuyant sur vos ressources propres et sur une vision du soin orientée vers le rétablissement, et la résolution des trauma si besoin. J’ai à coeur de proposer une présence authentique et engagée lors de chaque consultation.

Je suis membre de l’association EMDR France et Europe (voir annuaire)