Le rétablissement : une vie riche de sens malgré la maladie

→ En psychologie clinique, l’accompagnement ne se limite pas à la réduction des symptômes, mais s’inscrit dans une réflexion plus large sur la manière dont une personne peut continuer à vivre une vie riche de sens, se construire et se définir, malgré les difficultés.

→ Le paradigme du rétablissement s’inscrit dans cette perspective. Il propose une conception du soin centrée sur l’expérience subjective de la personne, son pouvoir d’agir et son devenir selon ses valeurs, et ce même si les symptômes persistent.

1. Le rétablissement : un processus au-delà de la guérison

Le rétablissement (recovery) est particulièrement pertinent dans le contexte des maladies chroniques, qu’elles soient psychiques ou somatiques (corporelles).

→ Il permet de passer d’une vision purement médicale (le « rétablissement clinique », la guérison = disparition des symptômes) à une vision centrée sur la personne (le « rétablissement personnel » = vivre une vie satisfaisante malgré les symptômes).

En effet, la disparition totale des symptômes n’est pas nécessaire pour qu’un rétablissement soit possible. Cela signifie que même si des symptômes persistent, les personnes peuvent construire une vie satisfaisante, porteuse de sens pour elles.

Cette approche implique un déplacement du regard :

  • du symptôme vers la personne, avec son histoire, ses valeurs ;
  • de la maladie vers la restauration du pouvoir d’agir.

« Le rétablissement est un processus, non pas un résultat ou une destination. Le rétablissement est une attitude, une manière d’approcher ma journée et les défis auxquels je fais face. Être en rétablissement signifie que j’ai certaines limitations et qu’il y a des choses que je ne peux pas faire. Mais plutôt que de laisser ces limitations devenir une occasion de désespérer et de renoncer, j’ai appris qu’en étant consciente de ce que je ne peux pas faire, je peux aussi m’ouvrir à toutes les possibilités des choses que je peux réaliser. »

Patricia Deegan (1988), docteure en psychologie, atteinte de schizophrénie, considérée comme l’une des pionnières dans le domaine du rétablissement.

2. Les 5 piliers du rétablissement (Le modèle CHIME)

La littérature scientifique a permis d’identifier plusieurs processus centraux du rétablissement, regroupés dans le modèle CHIME (Leamy et al., 2011) :

  • L’Espoir (Hope) : C’est le moteur principal. Il ne s’agit pas d’un optimisme irréaliste, mais la possibilité de se projeter dans un avenir riche de sens. L’espoir apparaît comme une ressource dynamique, à la fois fragile et mobilisable.
  • L’Appartenance (Connectedness) : Les relations (familiales, sociales, thérapeutiques) jouent un rôle essentiel dans le soutien du processus. Cela peut inclure le partage avec des « pairs » qui traversent les mêmes épreuves.
  • L’Identité (Identity) : Il s’agit de se dégager d’une identité réduite au symptôme pour retrouver une représentation de soi plus large et évolutive.
  • Le Sens (Meaning) : Retrouver des repères, reconnecter avec ses valeurs, redonner du sens à son quotidien avec des activités signifiantes pour soi.
  • Le pouvoir d’agir (Empowerment) : Se repositionner comme expert de sa propre vie, et de sa maladie, retrouver un pouvoir de décision et d’action.

3. Une trajectoire singulière et non linéaire

Le rétablissement est un processus de transformation unique à chaque personne. De plus, il ne suit pas une progression linéaire et comporte des phases d’avancée, des moments de stagnation, et parfois des retours en arrière.

Ces variations font partie intégrante du processus. Elles ne constituent pas des échecs, mais des ajustements dans une trajectoire globale.

« Le rétablissement est un processus de changement personnel, une manière de vivre une vie satisfaisante, porteuse d’espoir et de contribution, même avec les limites causées par la maladie ou la douleur. »W. Anthony

4. Une application pertinente en douleur chronique

Si ce concept est né du mouvement des usagers en santé mentale pour des troubles psychiques sévères, il trouve une résonance particulière dans le champ de la douleur chronique.

Tout comme le trouble psychique, vivre avec des douleurs chroniques peut être extrêmement invalidant et impacter toutes les sphères de la vie : personnelle, familiale et sociale.

La douleur chronique étant un phénomène complexe, beaucoup de personnes sont confrontées à la persistance des symptômes malgré la prise en charge médicale. Lorsque la douleur persiste malgré les traitements, l’accompagnement peut s’orienter vers d’autres objectifs, notamment vers la possibilité d’un rétablissement.

5. Implications pour la pratique clinique

Adopter une approche orientée rétablissement implique un positionnement spécifique pour le thérapeute : reconnaître la personne dans sa globalité et valoriser son savoir expérientiel (on parle de patient-expert).

Dans ce cadre, le travail thérapeutique consiste à :

  • soutenir les ressources existantes,
  • accompagner les remaniements identitaires,
  • permettre l’élaboration du vécu, la mise en sens,
  • soutenir les capacités d’agir, de décider, d’empowerment,
  • et maintenir, lorsque cela est possible, une dynamique d’espoir.

Des outils thérapeutiques comme l’EMDR ou les approches de pleine conscience peuvent être mobilisés, notamment pour travailler les expériences traumatiques ou renforcer les capacités de régulation. Ces outils s’inscrivent alors dans une approche plus large, centrée sur le parcours et les ressources de la personne.

→ Ce modèle me paraît particulièrement pertinent dans le cadre des maladies ou des douleurs chroniques, car :

  • d’une part, il reconnaît la personne comme experte de son expérience, en accordant une place centrale à son vécu. Cette posture s’inscrit dans la continuité des approches humanistes ;
  • d’autre part, il met en lumière l’importance de l’entourage, du maintien de l’espoir malgré les difficultés, ainsi que des processus d’autodétermination et du pouvoir d’action.


📚 Le coin lecture : Pour aller plus loin

“Le rétablissement est le concept selon lequel on peut mener une existence heureuse et épanouie avec un trouble psychique. On y apprend que se rétablir n’est pas guérir, c’est vivre avec. C’est aussi le travail d’une vie : (re)connaître son trouble, le comprendre, l’apprivoiser, trouver du soutien, retrouver son pouvoir décisionnaire… “ Ce livre recueille avec humour les témoignages de personnes directement concernées (trouble bipolaire, entente de voix et TDAH).”

Bibliographie :

  • Favrod, J., Rexhaj, S., & Bonsack, C., (2012). Le processus du Rétablissement. In Santé mentale: le mensuel des équipes soignantes en psychiatrie (166), p.32-37.
  • Koenig, M., Castillo, M.C., (2018). Chap.14, Perspectives pour le rétablissement. In Les nouveaux modèles de soins: Une clinique au service de la personne.
  • Leamy, M., Bird, V., Le Boutillier, C., Williams, J., & Slade, M. (2011). Conceptual framework for personal recovery in mental health: systematic review and narrative synthesis. The British Journal of Psychiatry, 199(6), 445-452.
  • Robieux, L., et al., (2018). L’espoir dans la maladie chronique: représentations sociales de l’espoir chez les patients et soignants. Psychologie Française, (63)1, 37-50.
Cyrille Planquois psychologue à Colomiers

Je suis Cyrille Planquois, psychologue clinicienne.

Au-delà des outils, je conçois la thérapie comme un espace de rencontre où la singularité de votre histoire est accueillie sans jugement et avec bienveillance. Mon rôle est de vous accompagner dans la compréhension de votre vécu, en m'appuyant sur vos ressources propres et sur une vision du soin orientée vers le rétablissement, et la résolution des trauma si besoin. J’ai à coeur de proposer une présence authentique et engagée lors de chaque consultation.

Je suis membre de l’association EMDR France et Europe (voir annuaire)